Où se former quand on est une femme ?
L’histoire de l’art de la période contemporaine a tendance à présenter ses artistes comme des produits finis. Combien de néophytes peuvent toutefois se targuer de connaître les maîtres qui ont formé Matisse, Cézanne ou Van Gogh ; les ateliers qu’ils ont fréquentés ou de distinguer ce qui relève de la référence ou de la filiation de ce qui appartient en propre à leur création ? Cette question de l’ancrage artistique se révèle particulièrement importante lorsqu’il s’agit de situer les trajectoires tracées par les artistes femmes. L’École des beaux-arts de Paris, ouverte en 1817, restera fermée aux recrues féminines jusqu’en 1897. Quant aux établissements privés, y compris les académies modernes, elles cantonnent leurs élèves femmes à des ateliers non mixtes, dont les coûts s’élèvent au double, voire au triple, de ceux pratiqués dans les ateliers masculins. Au regard des enjeux économiques, politiques et sociaux de ces inégalités, nous retracerons les voies officielles tout autant que les chemins dérobés qu’ont empruntés les artistes femmes pour se former.