Cours – Série 2 – n°4/4

SERIE 2

Refaire l’histoire : pour une relecture de l’art moderne par ses artistes femmes (1880-1945)

Avec Fériel Dridi

Quel genre pour les avant-gardes ? Le cas du cubisme

Dans l’histoire des avant-gardes, le cubisme passe souvent pour avoir réinventé le genre de la nature morte. Si le postulat se vérifie pour les techniques et les moyens non artistiques mobilisés par les artistes, il peine à trouver justification dans les objets mis en scène. Dans les œuvres, les tables et guéridons que représentent les artistes citent et répètent inlassablement les mêmes pipes, alcools, instruments de musique et feuilles de journaux que les mythes cubistes admettent encore pour universels. Parce que ces objets suggèrent des actes collectifs calqués sur des pratiques ouvrières, leur genre est demeuré un impensé de l’histoire de l’art, oblitéré par le folklore de la sociabilité bohème et démonstrative des artistes qui les convoquent. Pourtant, lorsqu’on s’intéresse de plus près à ces mêmes artistes, on se rend compte que peu d’entre eux sont des femmes, et que celles qui ont franchi le cap de la nature morte cubiste ont dû user de différentes stratégies pour mettre à distance la charge sociale liée à ces objets. Lors de cette séance, nous interrogerons la manière dont le genre opère dans les natures mortes cubistes et permet aux artistes, hommes tout autant que femmes, de penser leurs limites et de négocier leur statut dans une avant-garde qui s’est construite au masculin.